samedi 1 septembre 2012

Obscurantisme

En cette période de rentrée scolaire, un vieux post de mon ex-blog (03/10) qui avait déclenché une vague virulente de commentaires et que j'ai (très peu) actualisé.

Dans Marianne2,  habituellement mieux inspiré, un article d'une "enseignante depuis 8 ans", et donc dotée d'une solide expérience, "professeur de philosophie", et donc habilitée à parler de tout, s'en prend à Ph. Meirieu, pédagogue reconnu.

D'entrée, l'ignorance le dispute à la bêtise et à la malhonnêteté intellectuelle: "Philippe Meirieu peut être considéré comme l'introducteur, en France, des nouvelles pédagogies importées des Etats-Unis et dont la dangerosité a déjà été analysée par Hannah Arendt dans les années 60 (voir à ce sujet La crise de la culture)". La suite n'est que ramassis de francs mensonges et calomnies (tel le "référentiel bondissant") et d'énormités sur "le savoir sacrifié":
"Exit donc l'effort, la discipline, les estrades, le par cœur, les classiques, les cours magistraux...Bienvenue le ludique, les romans de gare étudiés en classe, la disposition de classe en U pour faire plus « cool », l'interactivité (c'est-à-dire les cours transformés en café du commerce...) et les TIC..."

Ah..!  L'heureux temps où l'enseignant "transmettait les savoirs" du haut de son estrade en regrettant de ne pas disposer de "chaire". Ah..! L'heureux temps du "par coeur", de la répétition et du cours magistral, du bonnet d'âne et du coup de règle sur les doigts serrés... Ces méthodes persistent, heureusement pour Anne Frémaux, en certains endroits du monde: les madrassas du fin fond du Pakistan et d'Arabie Saoudite.

Ceci dit, soyons honnêtes, reconnaissons qu'alors cela fonctionnait à peu près. Mais pourquoi ?
Cela fonctionnait à peu près parce qu'à cette époque, l'image n'existait que dans les livres ou au cinéma, la "com" et le "zapping" ne régnaient pas. Parce qu'à cette époque, l'élève qui ne voulait pas "travailler" sortait ou passait son temps à lire au lieu de se vautrer devant la télé. Parce qu'à cette époque, 10 à 20% des élèves entraient en 6ème: les enfants des classes moyennes et supérieures, et que les autres allaient en fin d'études, la moitié obtenant leur "certificat". Et parce qu'à l'époque, savoir lire et écrire était important pour les familles.

L'éducation s'est depuis massifiée sans se démocratiser, la société s'est médiatisée, certains établissements se sont ghettoïsés, les populations scolaires ont changé et, hélas, encore trop d'enseignants n'ont pas pris la mesure des changements de méthode que cela obligeait, reproduisant l'enseignement qu'il avaient subi (et qui avait bien fonctionné pour eux puisqu'ils étaient devenus profs), regrettant l'heureux temps des classes homogènes dès la 6ème et du bonnet d'âne au primaire. 

Ces gens-là n'ont pas compris que rendre Mai 68 et le "pédagogisme" responsables des difficultés de l'école, c'est faire du sarkozysme et maintenir un système obsolet.
Alors, certes, les thèses de Ph. Meirieu sont critiquables, comme toutes thèses. Mais elles prétendent simplement que l'élève doit fabriquer ses connaissances au lieu d'être le réceptacle passif et discipliné dans lequel on  déverse, on "transmet" le savoir. 

Qu'on me permette en conclusion de proposer à l'obscurantisme réactionnaire de "l'enseignante depuis 8 ans" ces quelques lignes: "Les méthodes nouvelles qui ont pris tant de développement, tendent à se répandre et à triompher : ces méthodes consistent, non plus à dicter comme un arrêt la règle à l’enfant, mais à la lui faire trouver. Elles se proposent avant tout d’exciter et d’éveiller la spontanéité de l’enfant, pour en surveiller et diriger le développement normal, au lieu de l’emprisonner dans des règles toutes faites auxquelles il ne comprend rien"
Sont-elles de Ph. Meirieu ? Non. Elles datent de 1880 et sont de Jules Ferry.
  • "Vers la mêlée tantrique", Nice Rugby.
  • "Israël secoué par le lynchage d'un Palestinien à Jérusalem", Le Monde.
  • "Quelle politique de gauche sans croissance ?", Edito du Monde.

21 commentaires:

  1. L'échec de l'EN dans sa mission est patent et date effectivement de 1968, lorsque la notion d'effort a disparu en classe et que les parents ont plutôt pensé à exercer de nouvelles libertés pour eux-mêmes, qu'à s'occuper de leur progéniture.

    C'est comme ça ! ça sert à rien de pleurnicher, il faut tuer ce mammouth malade et tout reconstruire sur des bases nouvelles. Autant dire qu'avec ce gouvernement, c'est pas gagné...

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  2. "... un habil'homme qu'un homme sçavant, je voudrois aussi qu'on fut soigneux de luy choisir un conducteur qui eust plutost la teste bien faicte que bien pleine, ..."
    C'est Montaigne qui l'énonçait déjà.

    Et avant lui Rabelais faisait reprendre l'éducation de Gargantua par Ponocrates, après lui avoir vidé l'esprit des méthodes scolastiques, que lui-même avait prises en horreur, "avec un grain d'ellébore".

    Différence avec aujourd'hui : seuls quelques nobles étaient ainsi traités, alors qu'aujourd'hui le concept d'égalité commande bon gré mal gré à dispenser à tous le Gay Sçavoir. Égalité ne signifiant pas pour autant uniformité, ce qu'un précepteur peut adapter à un élève est une gageure cardinale quand l'enseignant a devant lui quarante enfants aux parcours tous différents.

    Une seule certitude persiste, que d'aucuns récuseront bien entendu : l'enseignant doit s'efforcer de compenser les inégalités des milieux d'origines de ses élèves, au risque de faire piétiner ceux que leurs parents auront "boostés" dès la prime enfance. C'est une façon, précisément, de donner une égalité de chances à tous. Et malheur aux écoles privées qui veulent détruire cet ordonnancement.

    (avec cette dernière phrase, je vais me faire des tas d'amis, je le crains)

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  3. Faire piétiner un enfant qui apprend vite sous le fallacieux prétexte d"égalité" est CRIMINEL !
    (les profs le savent bien qui mettent leurs propres gosses dans les bonnes écoles pour qu'ils ne soient pas emmerdés par des retardés linguistiques ou autres...)

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  4. Personne ne parle de faire piétiner un enfant qui apprend vite, mais de consacrer un peu plus de temps, au mins le temps nécessaire, à celui qui apprend lentement.

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    1. Ce gaucho de babel n'a pas écrit plus haut que "l'enseignant doit s'efforcer de compenser les inégalités des milieux d'origines de ses élèves, au risque de faire piétiner ceux que leurs parents auront "boostés" dès la prime enfance."

      Moi, qui sait lire sans travestir la vérité comme Jef, je lis : "Les meilleurs attendront, en piétinant, les plus lents !"

      Et ça, c'est idiot !

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    2. Si les soi disant "meilleurs", qui n'ont cette position que parce qu'ils ont eu la chance de naître dans un milieu favorisé, avaient "une tête bien faite au lieu d'une tête bien pleine", ils sauraient s'occuper sans perdre leur temps et faire perdre celui des autres !
      Et oui, car ces enfants, tellement "doués" qu'ils savent déjà tout avant qu'on ne le leur enseigne, n'ont aucun respect pour ceux qui ont besoin de plus de temps pour apprendre ! et ce sont eux ces soient disant "sur-doués" qui rendent impossible l'enseignement dans une classe hétérogène...

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  5. @Jef
    Sic : « Mais elles (thèses Meirieu) prétendent simplement que l'élève doit fabriquer ses connaissances »
    Fait comment le « gamin » pour fabriquer ses connaissances ?
    Il se met au boulot avec quels outils et quel encadrement ?
    Hier encore (de mon temps) l’école, le collège et les lycées se faisaient un point d’honneur de transmettre la culture classique. En conséquence, l’inégalité devant le concours entre ceux qui sont nés à une petite cuillère en argent dans la bouche et les autres était moins grande.
    Mais c’était il y a plusieurs décennies … objectif : la reconstruction du pays, les 30 glorieuses.
    Aujourd’hui quel est l’objectif de l’école (tous niveaux confondus ) ?
    Il ne peut être décoléré de l’environnement politique /économique de la France
    @babel
    Un petit mot (sans fiel) sur votre « piétinement ». C’est le nivellement par le bas !

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    1. Bruno, avec tout le respect que je vous dois, suivez un peu les travaux des neurosciences depuis 20 ans, notamment ceux relatifs à la mémoire (notamment le dossier de Juin 2012 de La Recherche) et à l'apprentissage, et vous verrez que la "transmission" n'est plus ce qu'elle était.

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    2. @Jef
      merci de ces renseignements
      je vais me pencher sur le dossier car,
      il me semble que je suis un peu "largué"
      question de génération et loin de mon univers
      aujourd'hui
      mais les bonnes vieilles méthodes sont peut être encore opérationnelles ...

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    3. Les bonnes vieilles méthodes fonctionnent, très bien, avec ceux qui sont bons, issues d'un milieu favorisé.

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  6. Trop d'information tue l'information... aujourd'hui les gosses pensent que l'ami Google a réponse à toutes leurs questions d'un simple clic de souris ! alors pourquoi se fatigueraient-ils à apprendre ou même, à essayer de comprendre !
    Nous sommes malheureusement dans une société de sur-consommation de savoir "pré-mâché" et parfois même erroné (cf wikipédia !) et contrairement à ce que prônait Meirieu, mais aussi de grands philosophes avant lui ! l'élève ne cherche plus guère à construire son savoir tant il est persuadé que de toutes façons il aura la réponse à sa questions sans se fatiguer... car il y a une donnée qu'il faut intégrer et qu'on oublie souvent: l'enfant est naturellement paresseux et le goût de l'effort ne lui vient pas par l'opération du Saint Esprit, si je puis ainsi m'exprimer !

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    1. Très juste .... et apprendre par coeur n'est pas con car le developpement de logiques intellectuelles doit s'appuyer sur des données de savoir !

      Va faire comprendre ça à un fou EN de pédagogie théorique...

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    2. Apprendre par coeur n'a de sens que si la structure conceptuelle est construite pour accueillir les données et les positionner au bons endroits.
      Dès lors, généralement, le par coeur est inutile sauf quelques cas très particuliers telles les tables de multiplication.

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    3. Faux...complètement faux !
      L'erreur incommensurable des nouvelles méthodes vient de là : les données génèrent la structure par arrangement cérébral adaptatif. L'idée de construire d'abord une structure ne marche pas. Pas de structure sans données !

      Le "par coeur" (pendant quelques années) est la meilleure méthode...je sais que c'est impossible, impensable et triste,d'admettre ça pour un ex- 68tard !

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    4. La structure se construit comme un chemin, par des passages répétés ayant du sens (ce qui est l'opposé du "par coeur").
      JP Changeux parlait, dès la fin des années 70 de la "stabilisation sélective des synapses". C'est depuis repris par tous les travaux de neurosciences.
      Arrêtez de jouer au vieux con, JC, vous valez beaucoup mieux que ça.

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    5. Ce n'est pas en traitant les autres de vieux con que l'on devient jeune et intelligent, cher confrère !

      Oubliez Changeux, que j'ai lu moi aussi..., et lisez Edelman et Damasio !

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    6. J'ai dit: "Arrêtez de jouer au vieux con".
      Et je ne rate aucun bouquin d'Edelman depuis 20 ans.

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    7. ça vous arrive de penser par vous même ou bien vous n'en êtes capable qu'à travers les écrits des autres ?... et je parle pour l'un comme pour l'autre !

      Mais finalement vous ne faites que confirmer que, pour avoir des idées, il faut d'abord avoir des connaissances, le savoir ne se construit pas sans des bases solides, des choses qu'on a appris.
      Alors, oui à un moment il faut apprendre par cœur mais pas bêtement, il faut comprendre ce qu'on apprend... prenons par exemple l'apprentissage d'une langue, je prends cet exemple parce que je suis bilingue, que ma fille est bilingue, que toute ma famille est bilingue de naissance, donc nous parlons couramment deux langues que nous n'avons jamais eu l'impression d'apprendre, habitués à cette gymnastique de l'esprit qui consiste à passer d'une langue à l'autre, il nous est aisé d'apprendre une troisième langue, d'en comprendre les rouages, le fonctionnement, il nous faudra cependant mémoriser le vocabulaire (ça ce sera du par cœur !) mais notre bilinguisme nous aide à penser dans une autre langue et facilite donc l'apprentissage !


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    8. 1- C'est parce que je pense par moi-même que je suis capable de me retrouver dans des travaux scientifiques.
      2-Je suppose que, pour mémoriser le vocabulaire, vous n'apprenez pas des listes de mots, ce qui serait du "par coeur". Autrement, c'est de l'usage et les mots de la 3ème langue vont se caler automatiquement dans leurs traductions des deux premières.

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    9. Têtu ?
      ça rime avec obtu...

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