mardi 19 mars 2013

Les Intouchables

Oh, je ne parle pas là des parias indiens qu'il ne faut pas toucher si l'on veut rester "pur".

Je parle de ceux qui, après avoir fait n'importe quoi, spéculant sur des titres pourris et dans des combinaisons glauques dans l'espoir de faire encore plus d'argent, se sont remboursés sur les contribuables, comme aux USA, en Angleterre, en Irlande et ailleurs.

Il faut maintenant rajouter une nouveauté aux combines de ces intouchables: le racket sur les épargnants.

Chypre a absolument besoin de 17,5 milliards (dont 10 pour ses banques), soit 100% de son PIB. Une partie de ces dettes est constitué de créances grecques. Le NouvelObs explique, en partie, comment le pays en est arrivé là.

Mais, vous êtes chypriote, vous avez épargné un peu d'argent sur votre compte en banque, eh bien, les banques vont vous en prélever 6,75% si ces dépôts sont inférieurs à 100 000 €, 9,9% si les dépôts sont plus importants. Il vaut mieux ne pas avoir vendu un petit bien en ce moment à Nicosie. A cela s'ajoutera 10 milliards d'€ prêtés par l'Europe et une taxe sur les sociétés qui passera de 10% à 12,5%: pas de quoi faire cesser le dumping fiscal.

Vous me direz que Chypre est depuis longtemps spécialisé dans le foireux, entre traders vendeurs de viande de cheval, paradis fiscal et refuge des profits illicites des maffieux et autres affairistes russes pour 31 milliards de $, et il faut voir les réactions indignées des oligarques russes, Libération et de V. Poutine, Le Monde
Le scandale est que cette situation est connue depuis des années et que les autorités européennes ont non seulement laissé faire, mais accepté ce pays dans la zone Euro.

Ce racket des épargnants a provoqué, à Chypre, une ruée sur les distributeurs de billets, la lessiveuse dans laquelle nos grands parents cachaient leurs billets se révélant plus sécurisée que les banques.

La question qui se pose immédiatement est: "le peuple chypriote est-il responsable de ce qui lui arrive ?"... Comme pour la Grèce et l'Espagne, la réponse ne peut être que nuancée: oui, dans la mesure où ils ont fait confiance à des politicards véreux et, non, parce que, comme d'autres, ils se sont fait rouler dans la farine par des politicards véreux. La démocratie, actuellement, et de plus en plus en Europe, devient un art extrêmement difficile.

Alors, comme toujours, tout n'est pas catastrophique dans cette mesure: Les spéculateurs (terme qui me semble plus juste que celui de la presse spécialisée les taxant d'"investisseurs") se scandalisant de ces mesures, mènent à une baisse des cours des bourses mondiales, mais surtout, font baisser le cours d'un Euro surévalué, facilitant nos exportations.

Affaire à suivre car je pense que les choses ne sont pas terminées et peuvent fragiliser encore davantage l'Espagne et l'Italie et, comme le signale Le Monde: "Un principe sacro-saint a toutefois été brisé : jusqu'ici, les comptes étaient garantis partout dans la zone euro, jusqu'à 100 000 euros. Depuis samedi, ce n'est plus tout à fait le cas".
  •  "Législative partielle dans l'Oise : le FN élimine le PS", NouvelObs. Mais le PS (perdant 9 points en 9 mois) appelle à faire barrage au FN et à voter pour un Ump partisan de l'alliance avec le FN, repris de justice de surcroît. 
  • "A son procès, Sylvie Andrieux se défend et sort la sulfateuse", Libération. A l'en croire, concernant le Conseil régional: "Vous ne connaissez pas l'ampleur de détournements qui ont eu lieu dans d'autres secteurs de cette institution sans jamais aller devant le tribunal correctionnel".
  • "De combien va reculer le pouvoir d'achat des retraités en 2013", Le Monde.
  • "Plus de 13 000 porcs repêchés des eaux à Shanghaï", Le Monde. Bientôt du porc chinois dans les lasagnes ?

23 commentaires:

  1. Épargnants, payez, payez, payez mes frères ! Seul bémol, il n'y a que deux taux. Il en faudrait un de 22% sur les plus de 10 millions d'euros. Avec çà, les comptes seraient bons.

    Et pour le richou qui renâcle, 100% sur les plus de 200 000 € : bien fait. Si les fortunes modestes ne sont pas forcément détenues par des gens honnêtes, les très grandes fortunes le sont nécessairement par des gens malhonnêtes.

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    1. Le jour où l'on taxera la connerie, le Bab sera ministre des Finances.

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  2. "les très grandes fortunes le sont nécessairement par des gens malhonnêtes."

    Voir les entrepreneurs du numérique américain, partis de rien dans leur garage... des malfrats... z'auraient du se contenter du salaire payé par l'Etat Collectiviste chargé du bien-faire, du bien-penser, comme en URSS ...le bonheur formaté, quoi !

    Quelle réflexion, ce bab, quel créatif, quel libéral ...

    Résumons : Enrichissez vous par le travail !

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    1. La richesse est une tare. Contre les tares, les Tartares ! Sus aux grandes fortunes ! Et que l'herbe verte nommée dollar ne repousse plus ! M'enfin !

      Rappel : de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins (les vrais, pas ceux que la pub inculque de force). Pour cela, nul besoin de monnaie pérenne.

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  3. Ce billet me semble légèrement schizophrène. D'un côté le gentil épargnant et de l'autre le méchant spéculateur ; d'une part le bon peuple qui élit, d'autre part, les mauvais politiciens. Sauf que tout épargnant, même petit, est un spéculateur, puisqu'il cherche à placer son capital monétaire selon le meilleur rendement possible, en donnant procuration à des professionnels. Même les placements dits "éthiques" rapportent, j'en sais quelque chose. Alors le même gentil épargnant s'est rué avec avidité sur tous les produits financiers pourris, oubliant les risques, aveuglé par les résultats mirobolants qui étaient dégagés... pendant un certain temps. Votre petit épargnant est un loup comme les autres.

    Quant aux bons chypriotes qui ont élu démocratiquement des politiciens véreux, sûr que c'est pas en France qu'on verrait ça... J'ai passé un peu de temps à Chypre il y a une dizaine d'années. Effaré par le nombre de banques au Km². Ahuri par la mentalité de trader au petit pied du vulgum pecus, de sa fierté d'avoir réussi à refaire chez lui le Liban d'avant 1975. Et sans parler de leur ultranationalisme nauséabond, du mur de Berlin avec casques bleus qui coupe Nicosie en deux, de leur refus par referendum de la réunification, du drapeau grec qui flotte partout à la place du drapeau chypriote. Autant dire que je ne verserai guère de larmes sur ces pauvres petits épargnants et ce bon peuple floué. J'aimerais d'ailleurs vous voir défendre de la même façon les petits épargnants monégasques ou andorrans.

    "Tout pour le peuple, rien par le peuple." (Josef II von Habsburg)

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    1. Ne connaissant pas Chypre, je me garderai d'en parler davantage.
      Par contre assimiler le petit épargnant à un spéculateur se ruant "avec avidité sur tous les produits financiers pourris" me semble passablement exagéré.

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    2. Naturellement ! Naturellement ! ben voyons ... Pour Jef, les petits NE peuvent PAS être aussi pourris que les gros !!! Les petits sont PURS, les gros sont IMPURS...Misère des idées reçues qui rendent borgne (de l'oeil droit, of course)

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    3. Si vous avez eu deux sous d'épargne dans votre vie, vous avez eu le choix entre des placements plus ou moins rémunérateurs et aussi plus ou moins risqués. Si vous avez été tenté par un produit financier au rendement plus attractif, vous êtes un affreux spéculateur. Si vous vous êtes contenté d'un placement de bon père de famille, vous êtes un gentil spéculateur. Dans les deux cas, vous étiez ou êtes un spéculateur. Aussi pourri qu'il soit, le système ne fonctionne pas sans les épargnants, et la plupart de ceux-ci préfèrent ne pas savoir ce qu'on fait au juste de leur argent, du moment qu'il crache des intérêts. Facile de dire ensuite que tout est de la faute des banques...

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    4. @ un robuste anonyme
      et ceux qui, refusant le deal, gardent leur argent sur le compte à vue, vous les appelez comment ?

      D'autant que retirer une somme "importante" est devenu bien difficile.... et limite illégal, alors que c'est le fruit de votre travail !

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    5. A L'anonyme: Je n'y avais pas pensé, le monde n'est peuplé que de spéculateurs. C'est d'ailleurs grâce à eux qu'il existe (le monde).
      Il faut proposer au nouveau pape de remplacer Jésus-Christ sur la croix par un pauvre et gentil banquier.

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    6. @Bab
      Vous faites ce que vous voulez de votre pognon, si ça vous permet de garder la conscience nette à vos propres yeux. Retirer une grosse somme de votre compte n'a rien d'illégal, c'est l'utilisation que vous en faites qui peut l'être.

      @Jef
      Comme d'habitude, lorsque vous êtes à court d'arguments, vous caricaturez ceux de votre interlocuteur. Rien de bien neuf...

      @Tous les épargnants
      Je vous remercie d'avoir mis à la disposition de ces ignobles banquiers de quoi m'accorder un prêt pour financer l'acquisition de mon logement. Sans vous et sans eux, je n'aurais pas pu le faire.

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    7. Si les banques se bornaient à faire du dépôt et du crédit simple à la consommation (y compris immobilière) et aux entreprises pour investir, la crise de 2008 n'aurait pas eu lieu.
      Elles ont, depuis quelques années, pris l'habitude de spéculer sur des combinaisons foireuses à haut risque.
      C'est cela que je condamne et ce pour quoi je suis partisan de séparer les banques de dépôt des spéculatives.

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  4. Et je n'ai pas dit autre chose (à part la "consommation immobilière" que j'ai du mal à cerner). Simplement je prétends qu'il n'y a aucune différence de fond entre un épargnant et un spéculateur, tous deux cherchent le meilleur placement avec la meilleure rémunération. S'il n'y avait pas eu les épargnants pour souscrire en masse à nombre de produits financiers tordus, la crise de 2008 n'aurait pas eu lieu non plus. Dire que c'est la seule faute des banquiers, ça donne bonne conscience, mais c'est très incomplet. Si je dis à mon banquier de placer mon petit bas de laine sur tel ou tel produit à faible risque, il le fera. En revanche, si je lui demande un rendement élevé et qu'ensuite je viens me plaindre d'avoir subi des pertes, alors il aura raison de me traiter de schizo. Personnellement, mes dépôts sont depuis des lustres au Crédit Coopératif qui est une banque réputée "éthique" et qui finance tant les associations que le micro-crédit. Une banque quasiment de gauche, quoi. Ça ne l'a pas empêchée de se prendre une bonne gamelle avec Lehman Bros., tout éthique qu'elle soit. Comme quoi, la critique est aisée, mais l'art est difficile...

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  5. "consommation immobilière": achat d'un logement...
    "Si je dis à mon banquier de placer mon petit bas de laine sur tel ou tel produit à faible risque, il le fera". Sauf que, pour les subprimes, ils n'ont rien demandé, on leur a proposé en racontant des salades.
    Et je n'ai jamais prétendu que l'art était facile. Je pense qu'il y a des risques que les banques n'ont pas à prendre avec l'argent des autres et qu'elles prennent parce qu'elles savent que "too big to fail", le cochon de contribuable paiera d'une façon ou d'une autre.

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  6. L'usage de la Banque est risqué, par définition ! Même en dépot.

    Vous prenez un risque en sortant vos dollars du matelas pour les déposer en compte. La Banque les place, elle n'a jamais la totalité des dépots disponibles, vous avez un papier qui ne vaut que promesse hollandaise !

    En cas de faillite du système, dans le pire des cas, vous perdez tout

    Mon conseil ? dépensez le plus possible : la bouffe, le jeu, l'art, les femmes, les livres, les bateaux à voile...

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    1. En France, les dépôts sont garantis, je crois jusqu'à 100 000 €

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    2. Et cette garantie est basée sur quoi ? Je vous le donne en mille : l'Etat. Faudrait être cohérent, on ne peut pas à la fois demander une garantie en tant que déposant, et refuser de l'assumer en tant que contribuable.

      Pour les subprimes comme pour beaucoup d'autres produits financiers à hauts rendements et donc hauts risques, beaucoup de clients ont été une fois de plus obnubilés par les taux servis en oubliant toute prudence. Les banquiers ne racontent pas plus de salades que les vendeurs de voitures, de frigos, de téléphones mobiles et tous ceux qui vous promettent la lune en plein jour. Les banques prennent des risques avec l'argent que vous leur avez confié pour qu'il vous rapporte, c'est un fait, et s'il n'y avait aucun risque, il n'y aurait aucun produit financier. Ceux qui s'en sont tenus à des placements sages en 2008 n'ont rien perdu.

      Vous ne croyez tout de même pas que parce qu'on séparera les activités de dépôt et de trading, il n'y aura plus jamais aucune faillite bancaire avec des épargnants sur le carreau ?

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    3. "Les banques prennent des risques avec l'argent que vous leur avez confié pour qu'il vous rapporte".
      Pas pour que cela LEUR rapporte ?

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    4. Etes-vous à ce point à court d'arguments ?

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  7. A Chypre, un « hold up » sans armes, sans clés des coffres mais avec violences pour les petits épargnants, aux économies « light » et qui seront encore plus « light ».

    Encore une fois la fameuse crise des « subprimes » (forme de crédits « pourris ») de 2007, illustre la fragilité du système financier mondial.
    Mais on aurait tort de n’y voir qu’un avatar d’une crise économique classique ou du fruit de quelques spéculateurs ou de traders avides de « fric » .
    Les crises financières font partie de la marche normale du mode de production capitaliste depuis qu’il existe.
    Mais jusqu’à présent la fièvre spéculative apparaissait comme un état maladif du mode de production capitaliste que la crise venait purger.
    Or, aujourd’hui la purge ne purge plus !
    La spéculation financière aujourd’hui n’est plus ni passagère ni limitée à la couche supérieure du capitalisme, elle tend à devenir son mode de fonctionnement normal ; toute la production lui est soumise et n’existe plus que comme une variante des placements financiers possibles.
    Comme, progressivement, toutes les frontières prudentielles ont sauté, tout le monde peut spéculer. Les banques de dépôt sollicitent leurs clients, même les plus modestes pour qu’ils se lancent dans le grand jeu de la spéculation. Les compagnies d’assurance sollicitent ; les hypermarchés sollicitent etc …
    La constitution d’un marché financier unifié à l’échelle du monde correspond au développement du « capital fictif » dont les titres d’emprunt d’État constituent la forme la plus achevée.
    La dette des états n’est pas la seule forme de capital fictif !
    Revenons à Chypre et les sommes pharaoniques déposées dans ses banques…
    Que les mafias aient joué un rôle central dans l’introduction du capitalisme en Europe de l’Est et en URSS, c’est évident. Les dépôts aujourd’hui « from Russia to Chypre » confirment la « prospérité » du business de la drogue, et plus généralement de toutes les affaires illicites, lesquels revenus sont ensuite recyclés dans l’économie « saine » via des paradis « bancaires ».
    Mais, les experts de la troïka (UE , BCE , FMI) découvrent cela aujourd’hui ?

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  8. Celui-ci, entre ma Revue, Google+ et Kweeper, il va circuler...

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  9. J'arrive tard dans cette note qui pour ma part, semble construite sur des arguments solides, vérifiables, j'avoue ma nullité devant tous les faits et les commentaires (mon époux ce soir est intouchable pourtant il pourrait trancher dans le vif du sujet de par son expérience dans ce domaine : finances / banques ).
    Alors qui est dans le vrai ?
    Le sujet est vaste et surtout complexe, je ne vais pas tirer sur Blog à Jef, je n'en ai pas le droit.

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