jeudi 4 avril 2013

Croissance et décroissance

 Oublions un temps l'infecte affaire Cahuzac. Nous reviendrons plus tard sur ses contextes et les conclusions à en tirer. Oxygénons-nous, au moins les neurones...

Un ami FaceBook, ami réel par ailleurs, m'a signalé un petit texte (31 pages), signé de Jean Chamel, jeune universitaire suisse, résumé et téléchargeable sur le blog de P. Jorion en 2010. La thèse est séduisante.

Jean Chamel, se démarque de K. Marx  ("Il est une tendance fâcheuse, peut-être héritée de la pensée de Karl Marx, de croire que tous les bouleversements sociétaux vécus au cours des derniers siècles ne sont que des conséquences périphériques du développement économique"), et démontre: "Ainsi, l’éducation est un facteur évident de progrès technique, lequel a permis d’augmenter la productivité économique. En retour, l’augmentation de la productivité, en réduisant le besoin de main-d’oeuvre, a libéré des ressources et du temps de formation pour les enfants, puis les jeunes adultes, etc. De même, une bonne santé permet de mieux étudier et de mieux travailler, alors que de meilleures connaissances en médecine et un plus grand nombre de médecins (rendu possible par l’augmentation de la productivité et une plus grande spécialisation du travail) améliorent l’état de santé général. Tout est ainsi interrelié par un système complexe de rétroactions positives, et aucune des évolutions décrites ne peut être comprise indépendamment des autres. En conséquence, considérer le développement des pays industrialisés sous le seul angle de l’économie, avec des indicateurs uniquement économiques comme le PIB, ne peut donner qu’une faible hauteur de vue sur cette période de leur histoire".
Pour les spécialiste du marketing, il existe une courbe en "S" décrivant le cycle de vie d'un produit.  J. Chamel établit le même type de courbe avec la démographie des pays développés: "le point de départ est une situation relativement stable combinant forte natalité et forte mortalité ; puis le taux de mortalité s’abaisse, mais le taux de natalité reste élevé, entraînant un accroissement démographique. Avec un certain retard, le taux de natalité diminue à son tour. Enfin, natalité et mortalité s’établissent à un second niveau de stabilité, la transition est achevée", puis avec l'illettrisme, l'urbanisation, le tout sur une longue durée.

Il explique comment ces différentes courbes entrent en synergie, toujours sur une longue durée pour dessiner celle, en "S" aussi, des évolutions du PIB par tête.

 Il explique la période de "stabilisation" actuelle par le fait que: 1) les gros besoins d'équipement des ménages comme des collectivités sont maintenant réalisés (et la baisse des taux d'intérêts ne faisant que créer des bulles spéculatives), 2) que les besoins actuels (TIC, transports collectifs, ...) ne compenseront jamais celui des grands équipements,contribuant même à les faire baisser, 3) l'énergie et les matières premières bon marché sont derrière nous, et 4) les contraintes écologiques (gaz à effet de serre, ...) contraignant encore davantage ce qui resterait de "croissance".

Il en déduit une révolution nécessaire de l'épargne et du crédit: "l’épargne est surabondante et trouve difficilement à s’investir, de plus les épargnants placent délibérément leur argent parce qu’ils n’en voient pas d’utilité immédiate et préfèrent le garder pour plus tard. Dans ces conditions, il devient normal d’exiger des frais de garde de cet argent plutôt que de le rémunérer".

Tout en admettant: "contraintes écologiques et énergétiques d’une part, réveil économique du reste du monde d’autre part, pourraient bien perturber notre modèle jusqu’à le rendre inopérant", il conclut que "la croissance économique n’est qu’un phénomène transitoire, permettant le passage d’une économie essentiellement rurale d’auto-subsistance à une autre basée sur l’industrialisation, la spécialisation des tâches et la multiplication résultant des échanges marchands. Le concept de transition économique dépasse – tout en l’englobant – la notion de croissance économique, laquelle, en se focalisant sur la phase intermédiaire de forte progression du PIB, ne permet pas de penser correctement la phase terminale de cette transition, à savoir l’acheminement progressif vers une croissance nulle".

Certes, à mon avis Jean Chamel mésestime, ou ne prend pas en compte le passage du "fordisme" à la mondialisation financière dans cette évolution, mais, dans tous les cas une lecture extrêmement stimulante, que je recommande à tous.
  • "Mais pour qui roule Stéphane Fouks ?", Le Monde. ""Mais évidemment, qu'il a un compte en Suisse !" C'était le 12 décembre 2012, au tout début de "l'affaire Cahuzac". Le spécialiste des questions de sécurité Alain Bauer, qui connaît aussi bien le monde du renseignement que la Rocardie et la franc-maçonnerie, lâche la confidence au Monde, au détour d'une conversation". Bauer, le grand ami de M. Valls ?
  • "Mediapart sur l'affaire Cahuzac : "ce qui fait le malheur de la démocratie ne rend pas heureux les journalistes"", Le Monde. "Edwy Plenel, a estimé qu'"accabler Jérôme Cahuzac ne sert à rien" et qu'"il vaut mieux s'interroger sur ce qui s'est passé depuis quatre mois"". Rajoutons-y une question subsidiaire: d'où venait l'argent ?
  • "Affaire Cahuzac : l'enquête en Suisse a confirmé l'existence du compte bancaire", Le Monde. "Le résultat de ces investigations, auquel ont eu accès les avocats en France de l'ex-ministre du budget, expliquerait son changement de position et ses aveux, affirme le journal".
  • "Secret bancaire suisse : "L'affaire Cahuzac est l'arbre qui cache la forêt"", Le Monde.
  • "Que reproche la justice à Jean-Noël Guérini ?", Le Monde
  • "L'affaire Cahuzac va-t-elle accoucher d'une affaire Moscovici?", Huffington Post
  • "Hervé Le Bras et Emmanuel Todd: "La France ne va pas si mal"", L'Express
  • “L’extrême droite peut arriver au pouvoir dans quatre ans”, Les Inrocks.

12 commentaires:

  1. Compte tenu des impératifs écologiques et de gestion des ressources de la planète, je pense même que ce modèle, après une stabilisation, doit enregistrer au contraire une descente pour se stabiliser au niveau intermédiaire entre les deux inflexions ( grosso modo l'équivalent en qualité de vie de 1950, avec des priorités différentes).

    J'aime la réflexion de Bauer. Il aurait sans doute dû dire "Mais évidemment qu'il a un compte en Suisse ! Nous en avons tous !"

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  2. Trente et une page : c'est effectivement admirable comme redécouverte de l'eau chaude, la croissance nulle : une spécialité des économistes universitaires occidentaux !

    Quels cons...focalisés sur une partie du monde. A la niche, le Chamel !

    Plusieurs SIECLES de croissance seront nécessaires avant que chaque humain sur cette Terre jouisse de nos privilèges économiques, nous les pays développés occidentaux donneurs de leçons théoriques ...

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    1. JC, sortez un peu de vos dogmes. Ce texte est rafraîchissant et devrait faire réfléchir, même si on n'en partage pas toutes les conclusions.

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    2. Sortie de dogme : "Après vous, jef !"

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  3. J'ai classé en spam les commentaires du "vengeur masqué". Avec un temps de latence, il lui sera difficile de poster sur ce blog, même en changeant de pseudo.
    Je vais dorénavant faire ainsi avec tous les geeks n'apportant rien aux petits débats qui commentent mes posts.

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    1. Un Blog, c'est l'Agora, sinon ce sont des échanges par e-mail... Hors de question pour moi de participer à un Club Censuré !

      Je vous souhaite une bonne continuation entre partisans derrière vos grilles et vos vigiles et me retire sur la pointe des pieds. Bon vent, et belle mer à tous !

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    2. JC ce ne sont pas les désaccords que je censure, mais tous les petits merdeux qui viennent ici simplement déverser leur fiel.
      Toute patience a ses limites. Les miennes sont atteintes.

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    3. Vous êtes bien décevant, Jef. Le "vengeur masqué" vous répond hier du tac au tac sur une attaque pas forcément relevée de votre part, vous voilà vexé comme un pou et vous décidez aujourd'hui de le censurer. C'est petit.

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    4. Désolé de vous décevoir mais, l'épisode d'hier n'était que la suite de ceux des jours précédents.

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    5. Je viens de relire les commentaires sur 10 jours et ne vois pas ce qui vous provoque une telle crise d'urticaire. Mais après tout, vous êtes maître chez vous. C'est curieux, je ne vous voyais pas vous ériger en censeur.

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  4. Je ne sais si l’article est « rafraichissant » mais il mérite d’être lu et, sans que l’auteur ait une approche « marxiste » voire « marxologue » de la crise du capitalisme, il pose en effet quelques questions (pas nouvelles) fondamentales pour l’humanité.
    Sic : «[ (…) Or il semble bien que l’industrialisation de notre société atteint aujourd’hui ses limites (…) , quand presque chaque adulte possède sa propre voiture, la demande qui a dopé la croissance.. »]
    Dit autrement et maintes fois répété dans mes ‘’comments’’ : nous sommes dans un mode de production qui ne parvient plus à réaliser l’accumulation et la rotation du capital.
    Pour que ça « redémarre » (croissance) : il faudrait détruire tout le surplus de capital. Donc, passer par une crise qui fera de très nombreuses victimes.
    La question démographique
    Selon des estimations nombreuses et sérieuses : vers 2050 la planète compterait 9 milliards d’habitants !
    A cette époque la population chinoise aura déjà commencé à décliner sérieusement, comme conséquence de la politique de l’enfant unique.
    Il n’y aurait pas de problème en soi pour nourrir 9 milliards d’humains, les terres cultivables restent suffisamment vastes pour cela, mais cela demanderait une autre REPARTITON des richesses à l’échelle mondiale et c’est sans doute là que gît LE problème principal.
    Ressources limitées et crise environnementale
    Un autre facteur décisif est celui de la raréfaction des ressources, gaspillées allégrement sous le régime de l’accumulation illimitée du capital
    La poursuite de l’accumulation du capital sur une échelle élargie supposerait que les Chinois, les Indiens et autres Brésiliens puissent assez rapidement accéder aux standards de consommation européens ou nord-américains.
    Difficilement imaginable compte tenu des niveaux de pollution et de la raréfaction des énergies fossiles.
    Marx disait que : « le capital détruit les 2 sources de la richesse : la terre et le travail. »
    Nous y sommes … pratiquement

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